Louis Mantin nous plonge dans le 19ème siècle

La maison m'intriguait lorsque j'étais petite. Lorsque je posais la question de son appartenance, personne ne savait me répondre. Finalement, j'ai eu ma réponse, lorsque celle-ci a été ouverte au public il y a 10 ans cette année, à notre retour dans l'Allier. Elle appartenait à un certain Louis Mantin. Remontons le temps jusqu'au 19ème siècle pour faire connaissance avec cet homme !



Les photos étant interdites, à l'exception des extérieurs de la tour, les vidéos assouviront votre curiosité.


A noter que la maison a été entièrement restaurée ! Les ravages du temps a fait son effet et des infestations de xylophages dans les planchers ont également faits des dégâts.


De son nom complet, Marie-Louis Mantin est né en 1851 à Moulins. Il vient d'une famille fortunée. Il est fils unique.


(Médaillon issu de Wikipédia)


Laurent, son grand-père est ébéniste. Il possède plusieurs immeubles à Moulins. Jacques-Victor, le père de Louis est quant à lui négociant, il dirige aussi une fabrique de meubles. Marchand de meubles, miroitier, tapissier, l'activité de la famille Mantin est fleurissant. Ce qui leur permet d'acquérir deux grandes exploitations agricole dans le Bourbonnais, ainsi qu'une grande et importante propriété à Moulins.


Son père lui donne une rente annuelle de 5.000 francs. En 1881, il hérite d'une importante fortune et vends le fond de commerce de ses parents. L'héritage de son oncle paternel vient encore augmenter son patrimoine.


Louis Mantin fréquente l'école primaire d'Yzeure, le collège Sainte-Barbe à Paris. Puis il entre en faculté de Droit. Il s'oriente vers une carrière d'avocat et s'inscrit au Barreau de Paris. Il est avocat à la cour d'appel. Il est nommé secrétaire du contentieux de l'Exposition Universelle. Avec le parrainage des députés de l'Allier, il formule une demande d'intégration dans l'administration préfectorale qu'il aura deux ans plus tard. .


Devenu rentier, il vit en bourgeois à Moulins. Il fait construire une villa à son goût pour abriter ses collections. Malade et sans héritier, il rédige un testament "olographique" (rédigé à la main). Il meurt en 1905 et enterré au cimetière de Moulins dans le caveau familial. Ce caveau à une forme particulière, le monument est en effet pyramidal, en pierre de Volvic.


Le testament décisif de Louis Mantin


L'idée de regrouper les deux collections était en germe dès les années 1860 mais aucun projet n'avait pu aboutir. Le musée Anne-de-Beaujeu dans sa configuration actuelle doit beaucoup à Louis Mantin. Ses grands-parents avaient fait construire leur demeure sur une partie des ruines du château situé entre le donjon et le pavillon Anne-de-Beaujeu. Cet ancien sous-préfet fait construire à la place sa spectaculaire villa en 1896. Louis Mantin est investi dans la vie culturelle locale et occupe le poste de vice-président de la Société d'émulation du Bourbonnais de 1902 à 1904.


Lui-même collectionneur et amateur d'art, la création de ce musée lui tient particulièrement à cœur. Il rédige un testament qui scelle définitivement l'avenir du musée : il lègue sa demeure, ses collections et une partie de sa fortune aux pouvoirs publics pour la création d'un musée rassemblant les deux collections. C'est grâce à ce « coup de pouce » que le musée Anne-de-Beaujeu ouvre ses portes le 5 juin 1910, cinq ans après la mort de Louis Mantin.


A sa mort il lègue sa maison et ses collections à la Ville à conditions que :

Sa maison soit conservée intacte durant un siècle comme spécimen de maison bourgeoise du XIXème siècle.

Que dans les 5 ans suivant sa mort un musée soit construit aux abords de sa demeure, sinon la maison sera léguée à sa nièce.



Chronologie


  • 1828 : la famille Mantin achète une parcelle située sur les vestiges du corps de logis du château des Ducs de Bourbon (qui avait été détruit par un incendie en 1755)

  • 1893 : René Moreau, un architecte, propose un premier projet de Villa à Louis Mantin

  • 1894 ; Destruction d'une partie de la maison familiale et début des travaux

  • 1897 ; Achèvement de la maison

  • 1910 : La maison est partie intégrante du nouveau musée de Moulins



Commençons la visite. Je serai brève afin de vous laissez un maximum de surprises !


L'escalier monumental fait le lien entre la partie ancienne de la maison familiale conservée et la neuve. Elle dessert toutes les pièces de la maison.


Cette villa est moderne pour l'époque. Nous sommes au 19ème siècle, le confort n'était pas le même que le nôtre à l'époque. C'est la première maison privée électrifiée de Moulins ! L'électricité arrive dans la ville en 1892. Elle est adoptée dans les principaux cafés place d'Allier ainsi que par plusieurs négociants. Concernant la maison de Louis Mantin, l'électricité sert uniquement pour l'éclairage. Regardez bien le grand lustre dans le salon, vous pourrez y voir une première curiosité ; trois ampoules de couleur, bleu, blanc et rouge. Symbolisant le patriotisme de Louis Mantin (c'est une supposition, en fait, le mystère demeure sur ces ampoules). Dans le cabinet de travail, il y a deux prises électriques dans le plancher, sous le cabinet de travail.


Passons dans le cabinet de travail. Elle communique avec le salon via deux doubles portes. La baie vitrée est bien curieuse... Celle-ci peut être occultée par un store caché. Sur le bureau, un crâne, oui c'est un véritable crâne... Une "vanité" en faite. Il y a des inscriptions : "Eram quad es eris quad sum" (J'étais ce que tu es, tu seras ce que je suis). Une réflexion sur la nature passagère de la vie humaine et la vanité de l'existence des plaisirs du monde. Dans la calotte, une surprise aussi ! On y retrouve une citation d'André Suarès, un auteur contemporain de Louiis Mantin, qui dit : "Les chats ont du goût : ils aiment le poisson".


Rendons-nous aux chambres. La chambre des cuirs est celle de Louis Mantin. On se retrouve projeté dans une ambiance Renaissance. Elle est tapissée de rare tentures en cuir doré. Elle est sobre. Le lit "fermé" dit "à la française", est tel qu'il se présentait au 17ème siècle. Les vitraux sont peints de profils à l'antique. Dans un vitrail, vous pouvez y lire "AET 44" (AET est l'abréviation de aetatis) évoquant l'âge de Louis au moment de leur pose, date précisée dans le second cartouche avec "AD 1895" (anno domini 1895).


Passons dans l'autre chambre, celle que l'ont voudrait toute avoir les files ! La chambre des quatre saisons ! Laissez-moi vous contez leur histoire.


Car oui, j'oubliais un détail dans la biographie de Louis Mantin... Il n'était pas vraiment célibataire.


Il avait une liaison avec Louise Alaire (Après recherches sur elle, je trouve Allaire ou encore Alaize). Une liaison quelque peu embarrassante à l'époque, celle-ci étant mariée. Le couple assumait pleinement leur liaison. Il n'y a pas de témoignage de cette femme. Ne cherchez pas, il n'y a pas de portrait d'elle non plus.


Les états-civils la font apparaître sous le nom de Louise Isabelle (ou Louise Gabrielle toujours d'après mes recherches) Alaire, née à Embrun en 1861. Son père exerçait la profession de maçon et sa mère cultivatrice. Elle épouse en 1877 Alphonse L'Hôte un employé à la maison centrale à Embrun. (A noter que Louis Mantin était justement sous-Préfet à Embrun, ils se sont connus là-bas d'ailleurs).


Leur liaison (entre Louis et Louise) dura 25 ans, jusqu'à la mort de Louis Mantin. Il lui léguera une maison à Embrun qu'il avait achetée et rénovée pour elle. Etonnement, Louise Alaire restera mariée pendant presque toute la durée de leur relation !


A-t-elle jouer un rôle dans la conception et la décoration de la maison ? C'est un mystère. , Après le décès de Louis Mantin, elle s'installe dans la maison à Embrun. En 1910 elle épouse en seconde noces Charles Marcelli, propriétaire d'une maison mitoyenne de la sienne. Elle décède en 1946 à Embrun.


Revenons à la villa moulinoise. Dans beaucoup de pièces, vous y verrez des berceaux. On ne sait pas s'ils proviennent des fabriques de la famille Mantin ou bien si le couple a essayé d'avoir un enfant dans être exaucé ?

Cette chambre de style plus féminin et rococo, dans les tons framboises, elle est richement décorée y compris au plafond. Le lit est de style milieu Louis XV avec le baldaquin, ambrequin, courtepointe, grands rideaux de passementerie en soir assortis à la teinture murale. Après le décès de Louis Mantin, la chambre a été déménagé et la pièce transformée en salon.


Parlons un peu de l'hygiène. Même le cabinet de toilette est moderne, pareille pour la salle de bain qui ressemble à nos salles de bain d'aujourd'hui ! On y retrouve une baignoire de cuivre étamé alimenté en eaux chaudes er froides, elle peut servir aussi de douche. Un placard servant de chauffe-serviette. Le décor est d'inspiration asiatique. Au premier étage, des toilettes, qui sont aussi modernes qui imitaient le système de pompe utilisés sur les bateaux.


Finissons cette visite avec le cabinet des curiosités et l'observatoire.


Les vitrines du musée personnel de Louis Mantin sont remplies de faïences, porcelaines, figurines, des souvenirs... Une immense marionnette observe les visiteurs. Vous y verrez également des oiseaux naturalisés. Même la cheminée est richement ornée. Personnellement, je suis particulièrement fan du duel à l'épée de grenouilles naturalisées sous leur globe.


Dans l'observatoire, vous y verrez une inscription latine disant : :


"Moi qui fus autrefois faible partie d'une demeure, considérable et orgueilleuse, voilà que je parachève une habitation bizarre : je fus naguère détruite par le feu : ce que le temps qui dévore tout relève aujourd'hui, demain le temps l'aura de nouveau détruit."


Le quatrain est est surmonté d'un phylactère avec une date en chiffre romain (1895), encadré de l'alpha et l'oméga qui symbolise le début et la fin ainsi que d'un serpent se mordant la queue évoquant le cycle perpétuel de la nature.


Le décor est inspirés probablement de fables, avec ses animaux dans les médaillons : Ours dansant, chèvre dressée sur ses pattes arrières; fourmi au luth, cigale au violoncelle; etc. Le sol est en mosaïque.


Si les photos sont interdites, vous pouvez en revanche en prendre sur la passerelle qui mène à cet observatoire. Voici donc des photos (prises avec un portable) ;


(Faites défiler les photos via les flèches sur les côtés au centre. Cliquez dessus pour les agrandir)



Pratique :


Renseignements et réservations pour la visite guidée auprès du musée Anne de Beaujeu se trouve 3 place du Colonel Laussedat à Moulins.

Tél. au 04.70.20.48.47

Mail à musees@allier.fr

Site web : https://musees.allier.fr/

Page Facebook : @mab.allier


L'entrée se fait par le musée Anne-de-Beaujeu et ouvre droit à une visite libre gratuite du musée.

La Maison Mantin se visite uniquement sous la conduite d'un guide conférencier, à des horaires précis.


Tarifs :


Maison Mantin + mab en visite libre :

  • Plein tarif : 8€

  • Tarif réduit : 6€

Maison Mantin + mab en visite guidée :

  • Plein tarif : 11€

  • Tarif réduit : 9€

Tarifs réduits pour les 16/25 ans et étudiants, sur présentation d'un justificatif Le billet d'entrée plein tarif donne droit au tarif réduit au musée Anne-de-Beaujeu s'il est utilisé dans les 10 jours Gratuit pour les moins de 17 ans






Sources :

- Musée Anne de Beaujeu

- Livre 'La maison Mantin une demeure d'atmosphère" par le service Patrimoine du Conseil Départemental de l'Allier, éditions Bleu autour












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