Larguez les amarres au Musée Anne de Beaujeu !

"Maman les p'tits bateaux qui vont sur l'eau"... C'est avec cette comptine pour enfants qui m'est revenue en mémoire que je reviens au Musée de Beaujeu. J'avais déjà évoqué le MAB dans un blog précédant, voir ici :"L'envoûtante Anne de Beaujeu". Cette fois-ci, je viens voir l'exposition "À contre-courant", celle-ci interpellant l'ancienne plaisancière que j'étais ! Et qui m'a rappelé également mes souvenirs de permis côtier et fluviaux !


Le bourbonnais compte de nombreuses rivières et de canaux. Les trois cours d'eau principaux sont le Cher, le canal de Berry à l'ouest, l'Allier au centre, la Loire, le canal latéral de Roanne à Digoin et enfin le canal latéral à la Loire à l'est.


Ce réseau a été longtemps utilisé par les hommes pour voyager, pour le commerce et l'échange. Il permet de faire le lien entre les monts d'Auvergne et l'Atlantique, le cœur de la France et les centres urbains comme Orléans, Paris ou encore Nantes !



Les rivières et les fleuves sont utilisés en navigation depuis la Préhistoire ! Des vestiges sont encore retrouvés de nos jours. Exemple avec cette pirogue monoxyle (faite dans un seul morceau de bois) daté de -800 ans retrouvée Villeneuve-sur-Allier. Elle a été creusée puis brûlée à l'intérieur.




Chaque cours d'eau porte un grand nombre bateaux différents. Suivant les tirants d'eau, les charges sur les bateaux, nous retrouvons en effet divers types : les Salembardes de la Haute Loire, les flûtes berrichonnes, des Chalands de Loire, des Monistrots, des Barques de Loire.... Notez qu'ils sont tous un fond plat ! Nous sommes en fluvial, pour faire simple, c'est plus pratique surtout lorsque vous naviguez à faible hauteur d'eau.



Vous découvrirez la charpenterie de marine. Un bateau est une construction flottante destinée à la navigation. Sa flottabilité dépend de sa forme mais également de son poids. Ils utilisent une voile, le courant, la rame ou la pagaie, la perche ou le halage. Ce sont les "charpentiers en bateau", des artisans spécialisés qui fabrique les bateaux.


L"assememillage (pas l'assemblage) qui correspond à l'équipement fixe et mobile des navires est l'équivalent fluvial de l'accastillage marin. En fait, ce sont des cordages de différentes longueurs et diamètres qui ont une fonction précise ; des bâtons de marine, ou patrouilles, en chêne ou en châtaignier, avec leurs ferrures diverses ; des perches ordinaires, ...


Les aménagements fluviaux n'auront plus de secrets pour vous. La navigation dépend du cours d'eau lequel prend sa place. Les voies fliuviaux sont parsemés d'obstacles naturels. Construction des arches, écluses et j'en passe, divers aménagements apparaissent en plus de l'entretien des cours d'eau ainsi que ses abords.



Les bateliers transportent diverses marchandises, on appelle cela le fret. Ils livrent des articles tels que le sel, le sucre par exemples. L'économie connaît un essor au 18ème siècle, les besoins augmentent. Le réseau routier ne suffit pas pour la demande, la navigation fluviale entre alors en jeu.



Les mariniers ont un univers à part. "Si vilain sue terre, / Seigneurs sur l'eau nous sommes" dixit les mariniers de la Loire, d'Allier et du Cher. L'exposition vous présentera leur mode de vie, leur folklore sans oublier leurs rites. Vous pourrez y voir également quelques objets, coffres, documents, boucles d'oreilles, broche et autres dont un portrait d'eux. Ils transmettent leur métier de génération en génération. Leur métier fait d'eux des nomades. Ils méprisent le terrien qu'ils appellent des "cul-terreux". Ces derniers appellent les mariniers des "chie-dans-liau".



Le patron des mariniers, des navigateurs est Saint-Nicolas. "Grand Saint-Nicolas, tire-nous de ce mauvais pas, et je te promet un cierge aussi gros que le mât !". D'autres Saints ont été adoptés comme Saint-Clément, Saint-Avenin. A Moulins, il y avait une ancienne église qui lui était dédiée à l'emplacement du Sacré-Cœur (Voir mon post "Les lampions des Mariniers") actuel. Cette église abrite une maquette de bateau qui est exposée actuellement au Musée Anne de Beaujeu et que vous pourrez admirer.




Au début du 19ème siècle, la batellerie connaît un déclin avec l'apparition du chemin de fer. La révolution industrielle bouleverse les axes de transport y compris la livraison des marchandises. Dans notre Bourbonnais, le chemin de fer se développe dès 1851-1854, la jonction Bec d'Allier-Moulins-Clermont est réalisée. Les lignes Saint-Germain-des-Fossés-Roanne maillent le réseau dès 1861. Les gares accueillent les premiers trains de Moulins, Saint-Germain-des-Fossés et Montluçon respectivement en 1853, 1854 et 1859.

On tente d'utiliser la machine à vapeur pour la navigation mais le développement d'une batellerie à vapeur fut lent et tardif. Vers 1840, 800 bateaux-vapeurs ont été recensés aux Etats-Unis, une quarantaine en circulation en France. Entre 1853 et 1828, la batellerie perd environ un quart de son trafic national.




Les autres collections

La sculpture bourbonnaise entre Moyen Âge et Renaissance (Prêt exceptionnel du musée du Louvre). Exposition temporaire, visible jusqu'au 8 mars 2020


Grâce au mécénat de la famille ducale et de sa cour, la sculpture dans le duché des Bourbons connait à la fin du Moyen-Âge et au début de la Renaissance une qualité inégalée. Cette exposition-dossier vous emmène à la découverte des chefs d’œuvre réalisés par les « imagiers », nom alors donné aux sculpteurs. Les commandes princières, les sujets de prédilection, les techniques de création mais également le destin souvent chaotique de ces sculptures et leur restauration délicate vous sont dévoilés.




La Faïence de Moulins et la coutellerie moulinoise


Ce n'est pas qu'en Lorraine ! Je prends cet exemple, car je m'intéresse à cette région dans le cadre de mes recherches historiques personnelles. C'est également en bourbonnais !


Nous sommes au 18ème siècle, les centres faïenciers, très nombreux, sont répartis sur l'ensemble du territoire de l'Hexagone, Rouen, Quimper, Nevers, Marseille, etc.


La présence des ateliers moulinois ont été ignorée pendant longtemps. Des archives et plusieurs pièces désignant Moulins comme lieu de production permettent d'attester que si, ils étaient bien présents. Les marchands faïenciers de la Ville sont mentionnés à la fin du 17ème siècle. Des faïenciers de Nevers viennent s'installer à Moulins vers 1720.


Une grande partie des productions ont été influencées par les décors de Nevers.. La faïcence de Moulins se distingue en 1740 par la qualité des décors colorés empruntée des motifs à l'art rocaille ou aux "chinoiseries" alors très à la mode.


L'histoire de la faïence est très morcelée. Elle s'épanouit tout au long du 18ème siècle et se poursuit vers 1800 par une production qui évolue vers de la vaisselle plus courante, de poêles émaillées ou des briques réfractaires pour l'industrie.


Observez la vaisselle commune, rarement bien conservée, les motifs, les objets de luxe, les décors très élaborés.


Concernant la porcelaine, durant le dernier quart du 18ème siècle, certaines manufactures tentent de se rapprocher de la qualité ainsi que des décors de la porcelaine. Elles mettent au point une technique :de réverbère dite du "petit feu". Celle-ci permet un dessin plus précis et une couleur de palette plus large. Cette technique n'a jamais été utilisée à Moulins. Mais les faïenciers ont tout de même cherché à s'en approcher.


Des pièces de la collection, raffinées, sont de Joseph Chambon qui établit en 1787 une fabrication à Moulins. Engagé dans la vie municipale, il se rapproche de Alexandre Brongniart le directeur de la manufacture de Sèvres.


Du côté de la coutellerie, elle a sa renommée à Moulins. Du 16ème au 18ème siècle, Moulins compte une dizaine de couteliers. Ils se servaient de métaux précieux. Ils sont donc soumis à la réglementation des orfèvres marquant leur production avec des poinçons déposés. Les couteaux possèdent parfois des mécanismes complexes avec lames en vermeil, manche en ivoire ou en nacre, des décors en or ! Il y aussi d'autres objets tranchants, ces ciseaux par exemple ou encore des rasoirs. .


Une dizaine des couteliers sont toujours présents au 19ème siècle. Certains se spécialisent dans la fabrication de caisses d'instruments de chirurgie pour l'armée. Cette production déclinera tout au long du siècle.


Cet artisanat est complétement oublié de nos jours. Seul le nom de la rue des couteliers a conservé sa mémoire.



La sculpture bourbonnaise


À la fin du 15e siècle et au début du 16e siècle, les ducs de Bourbon, notamment Pierre de Bourbon et Anne de France ont été de grands mécènes. Les grands chantiers qu'ils entreprirent sur l'ensemble de leur territoire attirèrent architectes, peintres, sculpteurs, vitraillistes. Un espace est donc consacré à cet art de la cour bourbonnaise. Il présente notamment :

  • une Tête de Vierge sous les traits de Suzanne de Bourbon,

  • des fragments du tombeau de Louis II de Bourbon en marbre,

  • un panneau héraldique aux armes du couple ducal en bois polychromé, argenté et doré.




Voyage autour du monde


Je vous laisse découvrir la partie sur la chinoiserie et le japonisme avec ses pièces qui vous transporteront en Asie.


Vous avez également les peintures, sculptures et objets d'arts du moyen-âge et de la renaissance. Les peintures germaniques et flamandes des 15ème et 16ème siècle. Les peintures et sculptures du 19ème siècle. Sans oublier la partie concernant les retables.


Parmi la riche collection d'art de la seconde moitié du 19e siècle du musée, de grands noms se distinguent : Gérôme, Laurens, Meissonier, Cabanel, Rochegrosse, Henner. Acquises par le musée à une époque où l'art académique était décrié, les oeuvres exposées permettent d'explorer tout un chapitre de l'histoire de l'art en abordant différents genres : la peinture d'histoire, le portrait, le paysage...

  • La Vérité, Jean-Léon Gérôme, huile sur toile (1896)

  • Le Matin de Castiglione, Jean-Louis Ernest Meissonier, huile sur toile (1891)

  • Les Hommes du Saint-Office, Jean-Paul Laurens, huile sur toile (1889)

  • Salammbô, Georges-Antoine Rochegrosse, huile sur toile (1886)

La présentation, très dense, rappelle celle des « salons », grandes expositions parisiennes qui dévoilaient au public la production artistique contemporaine.


Le musée possède une rare collection de peintures germaniques et flamandes (panneaux de retables peints de scènes bibliques, portraits)...

  • Retable de Saint-Etienne, Maître d'Uttenheim (vers 1465-1475)

  • Retable de l'Adoration des mages, du Maître de Francfort, huile sur bois (début du 15e siècle)

  • Femme à l'oeillet, école de Lucas Cranach l'Ancien, huile sur bois (vers 1530)

… ainsi que des sculptures :

  • Dame de qualité, sculpture provenant d'un tombeau, Nord, France, fin du 13e siècle, calcaire carbonifère

  • Vierge à l'Enfant, atelier salzbourgeois, Allemagne, début du 16e siècle, pierre polychromée

  • Ange tenant une draperie, Souabe, Allemagne, vers 1500, pierre polychromée ainsi que de nombreuses pièces d'art décoratif (émaux, céramiques, coffrets...)



A l'entrée, nous sommes projeté dans l'Égypte ancienne. Des sarcophages, dont l'un avec des momies (oui des vraies !) nous accueillent. L'Egypte ancienne étant ma passion parmi d'autres époques, je m'arrête un peu plus longuement sur cette partie.


Nous avons le cercueil d'Isis-la-Grande, la fille de Djedhor et de Tasherimin. Sur son collier large posé sur la poitrine, un texte qui détail l'identité de la défunte ainsi que sa parenté. La momie quant à elle, est ornée de parure de cartonnage. Un masque composé d'une perruque dont les pans retombent sur la poitrine. Les yeux sont grands ouvert. Car selon les textes funéraires, les défunts pouvaient ainsi voir ce qui se passe dans le monde des vivants. Pour les reste des détails, un peu long à développer ici, il faudra aller voir sur place.


Un autre cercueil est sans inscription (dit anépigraphe), elle ne permet pas d'identifier l'identité du propriétaire. Impossible d'identifier la momie.


Parlons un peu des statuettes. Je vois des yeux se lever au ciel. A notre époque moderne, c'est un sujet plat qui n'intéresse plus personne aujourd'hui hormis les chercheurs. Pourtant, ces petits objets étaient important dans beaucoup de civilisations. Croyez-moi, elles sont plus fascinantes qu'il n'y paraît. Pour nos ancêtres, elles étaient pourvus de pouvoirs magiques. Chez les égyptiens également, elles constituaient les serviteurs censé remplacer les défunts dans les tâches agricoles qu'ils auraient à accomplir dans l'au-delà. Les réalisations les plus magnifiques portent un texte de plusieurs lignes, gravé ou peint, identifiant la statuette au défunt en mentionnant son nom. Au cours du temps, elles prirent diverses formes et couleurs permettant de les dater.


Les serviteurs funéraires contemplent les visiteurs, ils sont en faïences égyptiennes.

- d'Iry

- de Psammétiquemen

- du général Pakhaas né de Tachedidi

- deux serviteurs funéraires

- de Nakhtnebef

- un serviteur funéraire anépigraphe (sans inscription pour rappel de ce terme)


Vous pourrez également admirer les figurines représentant les divinités, un collier de perles, un œil d'incrustation.



La visite s'arrête ici ! Courez-vite découvrir leurs collections ! D'autant que pour l'exposition "À contre-courant", il ne reste plus beaucoup de temps !


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Pratique :


L'exposition "À contre-courant" se déroule jusqu'au 20 septembre 2020

Ne loupez pas les expositions permanentes !


Photos exclusivement SANS FLASH autorisées.


Le musée Anne de Beaujeu se trouve 3 place du Colonel Laussedat à Moulins.

Tél. au 04.70.20.48.47

Mail à musees@allier.fr

Site web : https://musees.allier.fr/

Page Facebook : @mab.allier


Ouverture :

  • En juillet et en août, ouvert tous les jours, du lundi au samedi de 9h45 à 12h30 et de 14h à 18h30. Les dimanches et jours fériés de 14h à 18h30.

  • De septembre à octobre, ouvert du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h, les dimanches et jours fériés de 14h à 18h. Fermé le lundi et fermeture exceptionnelle le 25 décembre.


Tarifs :

  • Plein tarif de 5 €

  • Tarif réduit à 3 €

  • Gratuit pour les moins de 16 ans

  • Ce site fait partie des offres du Pass' Allen 2020

Possibilité de coupler avec la visite de la Maison Mantin ou du Château des ducs de Bourbon.

  • MAB + Maison Mantin : Plein tarif de 8 € et Tarif réduit à 6 €

  • MAB +Château des Ducs de Bourbon : Plein tarif de 8 € et Tarif réduit à 6 €


A retrouver sur le site web d'Allier Tourisme : https://www.allier-auvergne-tourisme.com/culture-patrimoine/musees-spectacles/musee-anne-de-beaujeu-132-1.html



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