Des étranges témoins gallo-romains

Dernière mise à jour : août 19

Bienvenue au Musée Anne de Beaujeu, qui accueille une exposition très intrigante : « témoins d’argiles » !


Les statuettes gallo-romaines en terre blanche de l’Allier gardent encore leurs mystères… Nous ne savons pas vraiment à quoi elles servaient. Néanmoins, ces témoins ne sont pas si silencieux que ça ! Elles nous renseignent sur la vie quotidienne des gallo-romains. Les potiers de l’époque, en avance sur leur époque, ont inventé avant notre époque moderne… la reproduction industrielle ! Je vous explique tout cela dans ce billet !




Entrons dans les ateliers


L’artisan (ou potier) exerce l’art de la coroplastie, c’est donc un coroplaste.

L’atelier de production se définit par la présence de fours de cuisson (avec le four à tubulures), de moules et de figurines en terre cuite. Les fosses-dépotoirs sont associés aux fours. Le Bourbonnais et même en Auvergne, comportent de nombreux sites : en forêt de Tronçais, à Terre-Franche, sur la commune de Bellerive-sur-Allier, Clermont-Ferrand et bien d’autres communes.


A partir du 1er siècle de notre ère et durant deux siècles au moins, certaines officines de potiers du centre de la Gaule, produisent de la vaisselle commune, de la céramique sigillée plus luxueuse, des vases à reliefs d’applique et… des figurines en terre cuite. La production n’est pas exclusive, elle est auxiliaire à une production plus classique de ce type de site : vaisselle commune, sigillée, tuiles…


A savoir que les productions quasi-industrielles avant l’heure (!) étaient exportées jusqu’au Royaume-Uni et au Rhin. Voir la carte ci-dessous.



Les étapes de fabrication d’un objet étaient nommées « chaîne opératoire » avec trois étapes de conception :


- Les prototypes

- Les moules

- Les objets finis et les figurines


La conception des figurines fait appel aux techniques de modelage et de moulage. Les études archéologiques des prototypes, des moules et des objets finis nous font comprendre cette chaîne opératoire. L’emploi des deux techniques du travail de l’argile complémentaires, rend leur conception complexe. Il y a bien eu des tentatives expérimentales d’archéologies qui ont permis de mettre en relief les difficultés de fabrication comme celui du moulage des moules sur le prototype. Le moulage des figurines quant à lui, est apparu comme un artisanat spécialisé, maîtrise seulement par quelques potiers, les coroplastes.


(Faites glisser les photos via les flèches sur les côtés au centre. Vous pouvez clisuer sur les photos pour les agrandir)



Parlons un peu des coroplastes


C’est avant tout un potier ou un tuilier produisant des figurines en complément de sa production principale de vaisselle ou de tuiles. En Gaule romaine, il n’en existe pas des ateliers exclusivement dédiés à cet artisanat. Difficile de savoir à quelle étape le coroplaste intervient.

Le modelage d’un prototype nécessite un savoir-faire non maîtrisé par tous. Le potier qui veut réaliser des figurines peut soit fabriquer le prototype lui-même ou soit le commander à un modeleur extérieur. D’ailleurs, ce dernier, est-t-il le véritable coroplaste ? Il peut également acheter une figurine d’un autre atelier et en faire un surmoulage.


Une fois qu’il possédé un prototype, il peut réaliser un moule. Une question se pose : le coroplaste, il est situé à cette étape de la production ? Il est donc opérateur ? Un modeleur ? Un copiste ? Un surmouleur ? La réponse est multiple. Tout dépendra des périodes de fonctionnement des ateliers ainsi que des coroplastes eux-mêmes.


Intéressons-nous aux signatures. Elles ne sont pas comme aujourd’hui, signes d’une œuvre créée et protégée. Elles sont présentes dans une logique d’organisation de la production. La cuisson était collective par exemple. Les artisans pouvaient retrouver leur réalisation une fois la cuisson terminée. La signature était souvent manuscrite, mais, elle est parfois estampée avec un poinçon. Concernant ce dernier cas, les caractères sont très romains, rappelant les poinçons pour les céramiques sigillées. Toutefois, il n’y a aucune correspondance entre les noms dans ces deux types de production. Les signatures manuscrites font appel des lettres de tradition gauloise. Certains moules, comportent des symboles gravés comme des lignes, des quadrillages, des croix, des étoiles ou bien des feuilles ont leur signification nous échappe.


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Maintenant, entrons dans le vif du sujet : les figurines !


Il en existe de multiples sortes avec divers personnages (divinités, humains, etc.), des animaux de toutes sortes, des objets différents, et de toutes tailles ! Prenons quelques exemples :

Les personnages avec leur capuche n’ont rien à voir avec le chaperon rouge ! Ce sont des Cucullatus. Le cucullatus est un manteau gaulois très court avec une capuche. Il pouvait être porté par les enfants, les femmes ou les hommes.


Plusieurs figurines représentent un soldat armé d’un bouclier. A l’origine, ils sont montés sur un cheval, qui a disparu dans la majorité des cas. Dans les vitrines, vous avez plusieurs figurines aux visages sont… étranges. Ce sont des grotesques ! Les têtes masculines ont des traits exagérés au nez, aux oreilles, à la bouche… Ne cherchez pas, ce n’est pas Gollum du roman « le seigneur des anneaux », il faudra attendre quelques siècles avant cette œuvre littéraire !


Spinario ou tireur d’épine, représente un jeune homme ôtant une épine de son pied, assis sur un rocher ou bien une bûche de bois, un pied posé sur le genou opposé. Le haut de son corps et la tête sont penchés vers son pied, tenu par ses mains. Il existe de multiples théories sur sa signification. La représentation a existé à des époques différentes aussi.


Les gallo-romains avaient leur Panthéon. Celui des romains, hérité des Grecs, se retrouve mélangé au panthéon gaulois. Des divinités romaines ont pu être adoptées par les populations de la Gaule, comme Mercure ou Vénus par exemples. D’autres ont subis des influences celtiques. Exemple avec Jupiter habillé à la gauloise. Des divinités typiquement gauloises sont adoptées dans le panthéon classique comme la déesse Épona.


Mercure est le dieu romain du commerce et des voyageurs. La représentation est populaire pendant l’antiquité, la divinité est très appréciée en Gaule romane. Nous le reconnaissons par ses attributs : la bourse, le caducée, le pétase (son chapeau).


Au sein des collections et au sein des découvertes sur le terrain, il a été fait l’observation d’une surreprésentation, de Vénus ainsi que de déesses-mères, sans explication. Les représentations de ces deux divinités sont pratiquement identiques dans toute la Gaule romaine.


Vénus. Son nom fait référence à la déesse de l’Amour. Dans la représentation antique, elle parait fréquemment « sortie des eaux » ou « anadyomène » évoquant sa naissance de l’écume de la mer. Les modèles des figurines classiques la montre nue « sortant du bain », tenant un linge à la main cachant son sexe dans un geste pudique. Il y a aussi la Vénus dans son édicule. Un édicule, pour faire simple est un nichoir architecturé représentant un fronton triangulaire et deux pilastres latéraux. Le thème de Vénus dans sa niche, évoque la Vénus Genitrix, protectrice du foyer.


La déesse-mère. C’est une déesse nourricière. Elle est assise dans un fauteuil tenant dans ses bras deux enfants qu’elle allaite. Elle symbolise la fécondité, la maternité, la fertilité ainsi que l’abondance.


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Le panthéon antique retrouvé via des figurines en terre cuite est encore inachevé. Nous n’avons pas l’ensemble des divinités antiques, connues, inconnues. Il y a peu de représentation des déesses Diane ou Junon, même chose concernant les dieux Neptune ou Mars.

Abordons la faune et la flore, aussi représentées en figurines.



Les animaux sont nombreux, il y a des oiseaux, des chevaux, des chiens, des bœufs, des moutons, des singes, et j’en passe ! Certains rappellent les animaux domestiques ou appartenant au quotidien des populations de la Gaule rurale. Certains sont également exotiques (signes, lion, …) ou connus vraisemblablement davantage par les catégories sociales aisées. Concernant les chevaux et les bovins, les harnachements sont représentés.


En ce qui concerne la flore, les fruits et légumes, les représentations sont plus rares, permettant d’appréhender la vie quotidienne des populations : nourritures et rituels. Les noix étaient partagées durant les mariages ou lors de certaines fêtes en signe de bon augure.

A quoi elles servaient les figurines ?


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Elles étaient d’abord un objet de culte. La protection est recherchée aussi bien dans les ateliers artisanaux que dans l’habitat, sous la forme de représentation en terre cuite (Vénus, déesse-mère, personnage ou animal). Il semblerait qu’elles restaient dans la famille de la naissance jusqu’à la mort. D’abord des jouets, elles devenaient une présence quotidienne, au final, un accompagnement dans la tombe.


Dans le sanctuaire, la figurine est notamment un objet de culte déposé en offrande ou bien en ex-voto dans les sanctuaires. Il peut s‘agir de lots conséquents ou d’éléments anecdotiques.

Dans l’habitat, elle est associée au culte privé à l’intérieur ou à l’extérieur des habitats, dans la cuisine ou dans la cave La figurine se trouve dans un laraire, une chapelle domestique dédiés aux dieux du foyer, dit Lares. Le laraire se trouve dans un placard de bois ou à l’intérieur d’une niche ménagée dans un mur. Ce type d’objet est à proximité des ateliers et plus particulièrement, en contexte métallurgique, dans un objectif propitiatoire pour obtenir la faveur d’une divinité.

En objet du quotidien dans la maison, les bustes, personnages, fruits ou animaux, pouvaient avoir une fonction décorative. C’est aussi un objet ludique. En jouet présent dans la vie des enfants, sous sa forme en terre. A chacun de décider de sa fonction. La présence des nombreux animaux dans les sépultures d’enfants, ne laissent aucun doute.


Nous en venons à la mort. En objet funéraire, la figurine est psychopompe, d’accompagnement dans l’au-delà. On retrouve leur présence dans les inhumations et en incinération plus généralement associés aux sépultures d’enfants.


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Les études


C’est dans la vallée de l’Allier, au milieu du 19ème siècle, que l’on verra des découvertes majeures de figurines. Ce type d’objets est identifié que depuis un siècle. Le site de « la Forêt » à Toulon-sur-Allier est mis en évidence, puis le site Lary » sur cette commune par des membres de la Société d’Émulation du Bourbonnais. Un recueil des figurines les plus remarquables découvertes sur ces deux sites, sera édité en 1860. Cela sera le début d’une reconnaissance nationale et internationale des figurines en terre cuite da la vallée de l’Allier.


Dans le même temps, c’est au tour de Vichy où trois ateliers livreront des dizaines de figurines et de moules. A Saint-Pourçain-sur-Besbre en 1867, une découverte fortuite, mettre au jour un atelier et un ensemble riche de figurines. Une nouvelle découverte à Varennes-sur-Allier, de moules et figurines permettra l’identification d’un nouvel atelier.


Ces sites contribueront à l’idée d’une production de figurines uniquement dans la région de la Gaule. La première moitié du 20ème siècle, verra un désintérêt des chercheurs pour cette production. Une reprise aura lieu dans les années 50 avec de nouvelles recherches qui se dérouleront dans le Bourbonnais. Des études seront réalisées sur des collections de figurines du Musée des Antiquités Nationales.


Au 21ème siècle sera un renouveau de la recherche grâce à des travaux de jeunes chercheurs ayant à leur disposition, un arsenal de nouveaux moyens d’études. On s’intéressera à l’argile utilisée. Chaque argile à sa signature chimique propre. On peut jusqu’à retracer son origine ! La technologie numérique est employée, via des scans numériques à l’identique d’un objet. Ce qui permettra de manipuler l’objet à sa guise sur un poste informatique sans se soucier de détruire ou d’altérer l’objet original. La manipulation 3D permet la comparaison des moules et/ou des figurines, de relier une voire plusieurs figurines à un moule en particulier, et même, de mettre en évidence certains détails.


Je vous laisse ici, vous en saurez davantage en vous rendant au Musée Anne de Beaujeu. J'espère que ce billet vous donnera l'envie de voir cette exposition.


Pour les plus curieux


L’atelier patrimoine de l’AVCA (Association pour la Vie Culturelle d’Avermes), est une association dédiée aux statuettes gallo-romaines en terre blanche de l’Allier et aux Fonds Maurice Franc (qui a été l’un des chercheurs sur les figurines. Vous trouverez sa biographie au Musée Anne de Beaujeu via un panneau). Chaque mois, une exposition sur une thématique précise, se déroule dans le hall d’accueil de la mairie d’Avermes. L’association a publié des ouvrages sur les figurines gallo-romaines.




Pratique

L'exposition "Témoins d’argiles" se déroule jusqu'au 19 septembre 2021

Ne loupez pas les expositions permanentes !


Photos exclusivement SANS FLASH autorisées.


Pass sanitaire obligatoire sous forme papier ou via l'application TousAntiCovid. Celui-ci correspond soit à :

- un certificat de vaccination

- ou un test négatif de moins de 72h

- ou un certificat de rétablissement


Le musée Anne de Beaujeu se trouve 3 place du Colonel Laussedat à Moulins.

Tél. au 04.70.20.48.47


Mail à musees@allier.fr

Site web : https://musees.allier.fr/

Page Facebook : @mab.allier


Ouverture :

  • En juillet et en août, ouvert tous les jours, du lundi au samedi de 9h45 à 12h30 et de 14h à 18h30. Les dimanches et jours fériés de 14h à 18h30.

  • De septembre à octobre, ouvert du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h, les dimanches et jours fériés de 14h à 18h. Fermé le lundi et fermeture exceptionnelle le 25 décembre.

Tarifs :

  • Plein tarif de 5 €

  • Tarif réduit à 3 €

  • Gratuit pour les moins de 16 ans

  • Ce site fait partie des offres du Pass' Allen 2020

Possibilité de coupler avec la visite de la Maison Mantin ou du Château des ducs de Bourbon.

  • MAB + Maison Mantin : Plein tarif de 8 € et Tarif réduit à 6 €

  • MAB +Château des Ducs de Bourbon : Plein tarif de 8 € et Tarif réduit à 6 €

A retrouver sur le site web d'Allier Tourisme : https://www.allier-auvergne-tourisme.com/culture-patrimoine/musees-spectacles/musee-anne-de-beaujeu-132-1.html


Concernant l’exposition de l’atelier patrimoine de l’AVCA :


Entrée libre du lundi au vendredi, de 9h à 12h et de 13h30 à 17h30 à la mairie d'Avermes (place Claude Wormser).

Un classeur est mis à disposition des visiteurs à l'accueil avec plus d'infos sur le Fonds, l'AVCA, l'atelier patrimoine.

Site web : www.figurinesgalloromaines03.fr









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